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  • Eric Cobast

La continuation de la Culture Générale mais par d'autres moyens...

Un article dans le journal « Le Monde » daté du 20 mai, pour commencer la semaine …et la terminer le vendredi dans les « matins » de France Culture, dès 7h10…quelques jours passés à revenir sur mon « inactualité » puisqu’il n’a été question que de Culture Générale, ce que recouvrait selon moi l’expression, si l’idée même d’une culture générale n’était pas forgée pour permettre à Bourdieu de dérouler capital culturel, transmission de l’héritage, reproduction des élites…bref des questions posées avec leurs réponses il y a très longtemps et sur lesquelles je ne m’attendais vraiment pas à être à nouveau interrogé de bon matin par un Guillaume Erner en pleine forme…Les temps ont passé mais aussi changé car la Culture Générale n’occupe plus vraiment les esprits, là où elle opérait de façon pratique, c’est-à-dire dans le cadre des concours d’entrée dans les Grandes Ecoles et dans l’Administration, elle s’efface progressivement et disparaît, au motif précisément qu’elle discrimine injustement. Quand elle demeure, elle se dilue dans des intitulés éloquents : « Questions Contemporaines », « Compréhension du monde d' aujourd’hui », « Culture et Sciences Humaines ». Il est rare désormais de lire en toutes lettres « Epreuve de Culture Générale ». L’Epoque de cette « Culture Gé » un peu mystérieuse pour les jeunes bacheliers préparant

Sciences Po Paris est bien révolue.


Elle avait pourtant une vraie raison d’être qui n’aurait pas dû la vouer aux gémonies des bien-pensants, elle développait davantage un esprit critique qu’une mémoire gigantesque et on aurait pu aisément en défendre la vertu émancipatrice et non « reproductrice ». Dans la tradition de l’Encyclopédie qui se donna pour sujet de mettre les savoirs en cercles, en boucles…la Culture Générale nous la comprenions comme cette aptitude à mettre les savoirs en réseaux, articuler, trouver des liens, à resserrer les mailles de la réalité. Et si l’épreuve de Culture Générale est devenue effectivement sélective, c’est pour la forme quasi unique qu’elle adoptait, à savoir la dissertation. Le maniement de l’écrit est de plus en plus douloureux pour nos étudiants. Construire par écrit une confrontation, avec les mots justes, les exigences grammaticales de la langue respectées, c’est long et difficile, de fait cela réclame une pratique précoce de la lecture, un goût pour les nuances de sens, une patience et exigence.


L’Ecrit recule, l’Oral progresse…et la Culture Générale va probablement changer de support, réclamant peut-être moins de lecteurs que d’auditeurs. Dans cette mesure le renouveau de l’intérêt pour l’Eloquence offre aussi une belle occasion de retrouver à ceux qui l’auraient perdu ou qui ne l’auraient jamais eu le goût des mots, des phrases, le sens des rythmes, des accélérations et des ralentissements, une vraie capacité d’invention et un regain d’imagination…


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